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 ESPACE MEMBRE

Diagnostic du compartiment macrophyte dans 18 masses d'eau de transition lagunaires 2023-2024

 Les suivis réalisés en 2023-2024 au titre de la Directive Cadre sur l’Eau (DCE) par l'Ifremer mettent en évidence une amélioration nette et généralisée de l’état écologique du compartiment macrophytes dans les quatre masses d’eau de transition (MET) corses: Biguglia, Diana, Urbino et Palo. Toutes progressent d’au moins une classe de qualité par rapport aux suivis du cycle 2020-2021:
  • Biguglia, Diana et Urbino passent de l’état « Moyen » à « Bon »,
  • Palo atteint désormais l’état « Très bon ».

Cette évolution positive traduit une dynamique globalement favorable aux herbiers de magnoliophytes (Ruppia cirrhosa, Zostera noltei, Cymodocea nodosa) et une meilleure représentation des espèces de référence, tandis que les macroalgues vertes opportunistes régressent ou restent contenues à l’échelle régionale.

Tendances par lagune
Étang de Biguglia
Le recouvrement total des macrophytes augmente fortement (RT : 25,9 % → 74 %), entraînant le passage de l’EQRMAC de « Moyen » à « Bon ».
La dynamique est marquée par une recolonisation importante de Ruppia cirrhosa dans la partie nord (stations B1, B4, B6, B8) et le le maintien de Stuckenia pectinata. La disparition du genre Zostera est à souligner, pouvant traduire une diminution de la salinité, ainsi que la régression des algues vertes opportunistes. Une forte progression d’algues rouges de référence, notamment Polysiphonia elongata. Cette évolution traduit une amélioration de la qualité du milieu, avec une restructuration du compartiment végétal au profit d’espèces caractéristiques d’eaux lagunaires en bon état.

Étang de Diana
L’EQRMAC progresse de « Moyen » à « Bon », principalement grâce à une amélioration de la composition spécifique (EQRC), alors que l’abondance (EQRA) reste classée « Médiocre ».
Les principales évolutions sont (i) le renforcement et l’extension des herbiers de Cymodocea nodosa, désormais présents sur de nouvelles stations (ex. D9), (ii) un recul continu du genre Ulva observé depuis 2018, et (iii) l’absence d’algues rouges et la présence très ponctuelle d’algues brunes de référence (Cystoseira barbata) à faible recouvrement. La progression repose donc davantage sur la qualité de la composition floristique que sur une augmentation des surfaces colonisées.

Étang d’Urbino
Le recouvrement total, déjà très élevé, progresse encore (83,5 % → 96,6 %). L’EQRA se maintient en « Très bon » et l’amélioration de la composition (EQRC : « Moyen » → « Bon ») permet le passage global de l’EQRMAC à l’état « Bon ». Il a été observé une légère augmentation des herbiers, une progression des algues brunes de référence (Cystoseira barbata, Dictyota spiralis), une régression des algues rouges de référence (Spyridia filamentosa), compensée par les autres groupes.
La lagune confirme ainsi un état structurellement favorable, avec un compartiment macrophytes dense et diversifié.

Étang de Palo
Palo atteint l’état « Très bon », avec une progression marquée de tous les indicateurs recouvrement total : 66,6 % → 94,3 %, les EQRC et EQRMAC qui passent de « Moyen » à « Très bon ». Cette amélioration est portée par la forte progression des herbiers de Zostera noltei et Ruppia cirrhosa (recolonisation ou meilleure détection), le remplacement d’algues rouges opportunistes (Gracilaria) par l’espèce de référence Neosiphonia sertularioides. Il a été noté toutefois une augmentation parallèle d’algues vertes opportunistes (Ulva clathrata, Cladophora vagabunda), à surveiller malgré l’excellent état global.

Enseignements régionaux et perspectives de gestion
Les 4 lagunes corses, suivies dans le cadre de la DCE, confirment une trajectoire positive du compartiment macrophytes. En effet, l'interprétation des suivis réalisés sur 3 à 14 stations selon la taille des lagunes (respectivement 3 sur Palo et 14 sur Biguglia) est caractérisée par :
  • une meilleure représentation des herbiers structurants,
  • une augmentation relative des espèces de référence,
  • une maîtrise globale des macroalgues opportunistes.
Ces tendances suggèrent une amélioration des conditions environnementales, notamment en lien avec les pressions trophiques et le fonctionnement hydromorphologique des plans d’eau.
Pour consolider ces acquis, il apparaît essentiel de :
  • maintenir les efforts de réduction des pressions nutritives,
  • préserver les échanges hydrauliques et le fonctionnement lagunaire,
  • poursuivre un suivi rapproché, en particulier à Biguglia, pour accompagner la dynamique des herbiers et le développement de Polysiphonia elongata et à Palo, afin de surveiller l’évolution des algues vertes opportunistes malgré l’état « Très bon ».

Ces résultats encourageants soulignent l’importance d’un suivi écologique régulier pour documenter les trajectoires de restauration et adapter les stratégies de gestion des zones humides littorales corses.

Pour en savoir plus, téléchargez le rapport :  archimer.ifremer.fr/doc/00997/110889/